Ecart de performance: pourquoi les bâtiments efficaces sur le plan énergétique tiennent rarement leurs promesses?

De nombreux bâtiments suisses présentent un écart de performance: les valeurs énergétiques théoriquement prévues sont loin d’être atteintes dans la pratique. Le professeur Jäschke nous explique les raisons de ce constat et l’importance d’une gestion de l’énergie coordonnée par un bon «chef d’orchestre».

Selon vous, quel est le levier pour rendre les bâtiments plus efficaces?

Responsables de 45% du besoin énergétique suisse, les bâtiments présentent un énorme potentiel.Il existe deux principaux leviers. D’une part, le dimensionnement et l’utilisation corrects d’une technique de bâtiment efficace. D’autre part, l’optimisation énergétique de l’exploitation de ces installations, un domaine dans lequel il y a encore beaucoup à faire en Suisse.

Comment expliquez-vous qu’il y ait encore beaucoup à faire en matière d’exploitation efficace des équipements climatiques et énergétiques?

Il est facile de planifier des valeurs d’efficacité élevées pour un bâtiment. En revanche, les atteindre au cours de l’exploitation quotidienne constitue un important défi. Cela requiert beaucoup d’informations et d’expertise. La plupart du temps, les exploitants et les utilisateurs des bâtiments ne savent rien des réflexions des architectes et des planificateurs pendant la conception de la technique du bâtiment. On peut comparer cela à orchestre: il ne suffit pas d’engager les meilleurs musiciens. Ils ont besoin d’un chef d’orchestre pour coordonner les différents instruments correctement. Une condition indispensable pour produire une agréable musique pour le public.

Quel est le lien entre un chef d’orchestre et l’exploitation efficace des équipements climatiques et énergétiques?

C’est simple. Par exemple, une machine de refroidissement ne peut pas fonctionner en même temps que le chauffage. Ne riez pas, cela se produit plus souvent que vous le pensez. Les différents corps de métier doivent être parfaitement coordonnés, tels les instruments d’un orchestre. Pour cela vous avez besoin d’une personne qui connaisse l’ensemble du «système» et surtout, ses interdépendances. La technique en est une. L’utilisation en est une autre. Il vous faut dès lors un chef d’orchestre – dans notre cas, un facility manager professionnel – qui relie le tout grâce à une bonne gestion. Et cela, dans l’intérêt des utilisateurs du bâtiment.

Peut-on affirmer qu’après la mise en service, tout fonctionne par soi-même?

Non, il faut un réglage initial, qui est très exigeant en réalité. Dans la pratique, il y a souvent un écart entre les objectifs prévus et les valeurs de consommation d’énergie réelles au cours de l’exploitation quotidienne. On parle alors «d’écart de performance». L’utilisation d’un bâtiment varie selon le jour et la période de l’année. En outre, l’utilisation des pièces à l’intérieur d’un bâtiment évolue avec le temps. Ce qui était un bureau hier devient une salle de repos le lendemain. C’est pourquoi la technique d’un bâtiment doit être adaptée le mieux possible à son utilisation, ce qui n’est pas une tâche facile pour un organisme «vivant» tel qu’un bâtiment.

Comment y parvenir?

Grâce à la gestion de l’énergie. Dans un premier temps, vous devez mesurer constamment les données de vos installations. Ensuite, des algorithmes intelligents et l’expertise des spécialistes interviennent pour vous fournir les modèles de la performance de vos installations. Si vous mettez cette analyse ciblée en relation avec l’utilisation réelle de votre bâtiment, vous pouvez en optimiser l’exploitation de façon significative. Etant donné les changements permanents, il s’agit là d’une tâche permanente. Mais, au final, vous économiserez ainsi beaucoup d’argent.

Concrètement, à combien estime-t-on le potentiel énergétique d’un bâtiment?

Pour les bâtiments qui ne disposent pas de gestion de l’énergie au préalable, la règle générale veut que des mesures immédiates simples permettent de réaliser une économie d’énergie d’environ 10%. Il s’agit entre autres de régler correctement les durées de fonctionnement et les températures des installations. Cela n’exige généralement pas de gros investissements. Les mesures à moyen et long terme permettent d’économiser 10% supplémentaires. Et, cerise sur le gâteau: le tout sans aucune incidence sur le confort des utilisateurs du bâtiment!